9 avril 2017 – Si je perdais mes oreilles… Je deviendrais aveugle / Kaye Mortley

SI JE PERDAIS MES OREILLES…
JE DEVIENDRAIS AVEUGLE

Kaye Mortley - Si je perdais mes oreilles...je deviendrais aveugle

© K.Mortley

par Kaye Mortley
réalisation: Manoushak Fashahi
prise de son et mixage: Jean-Baptiste Etchepareborde , Bernard Lagnel


59′
2014 – France Culture   France Culture – Jean-Luc Bennahmias 2017
L’atelier de la création – Irène Omélianenko


avec:
Aurélie de la Selle
Marie Sage
Roxane Jeseck
et
Pierre, Mohammed, Alexandre et d’autres élèves de l’Institut National de Jeunes Aveugles
Marion de Bergh (orthophoniste à l’Hôpital de la Pitié Salpetrière)
Françoise Michaelis
Michel Créis
Julie Berthier
Hélène Coeur
Emilie Mousset
Aline Pentitot
Chloé Sanchez
voix:
Véronique Brindeau
Chloé
textes:
Aristote : de l’Ame
Aurélie de la Selle : Rien ne sert de parler si fort
Marie Sage : des Bourdonnements
musiques:
Improvisations pour violoncelle et voix: Julie Mondor/ Aurélie de la Selle
Arvo Part : Alina
Artur Zimjewsky : Tauber Bach

KAYE MORTLEY


Kaye Mortley est née en Australie et vit à Paris depuis 1981. Productrice indépendante, elle travaille pour France Culture (notamment pour l’Atelier de Création Radiophonique) ainsi que pour plusieurs radios européennes et pour l’Australian Brodcasting Corporation. Elle anime également de multiples ateliers et séminaires sur le documentaire de création. L’extrême finesse de ses mixages, la qualité formelle de ses œuvres lui ont valu d’être primée dans de nombreux festivals internationaux comme le prix Futura de Berlin (1979, 1985, 1991), le prix Europa (1998, 2001) ou encore le prix Italia (2005).

“Ce qui m’intéresse dans le documentaire radiophonique c’est :
Tenter – à partir du son réel – de construire quelque chose qui s’approche (faute d’un meilleur terme) de la fiction.
Une écriture spécifiquement sonore…
Quelque chose qui, tout en puisant sa matière première dans le même univers sonore que le reportage, questionne et transmet le réel environnant d’une autre façon.”


Si je perdais mes oreilles… je deviendrais aveugle

Le son vient à l’oreille
L’oreille se tend vers le son …
dit le koan.
Et naît, ainsi, à l’esprit (à l’âme , dirait Aristote).
Mais sous quelle forme…?
Rythmes… grands espaces… horizons… ciels… routes… plans… taches…couleurs….
Ou bien une image qui n’est pas une image… un film invisible qui compose à l’infini avec le réel inscrit en nous…
disent les uns.
Soit.
Mais… grâce à quelle alchimie…?
Un jour, il y a des années, j’ai rencontré une phrase dans une émission de radio qui parlait de la radio:
Si je perdais mes oreilles, je deviendrais aveugle.
Je pensais l’avoir comprise.
Je pensais, en fait, qu’elle avait dit le dernier mot – de façon belle et paradoxale – sur le processus alchimique qui transforme son en matière sensible.
J’ai rangé la phrase dans ma tête.
Elle m’a souvent servi de guide dans ces pays hors champs que la radio me fait fréquenter.
D’autres années sont passées.
J’ai fait de nouvelles rencontres, rencontres singulières.
Des gens qui ne voyaient pas.
D’autres qui n’entendaient pas.
Et je me suis mise à réfléchir.
Alexandre classe les sons selon des couleurs qu’il distingue à peine:
“Du plus grave au plus aigu, l’ordre serait rouge, jaune, bleu, vert”…
Marie (suite à un implant cochléaire) apprend à déchiffrer les sons qu’elle découvre:
” Est-ce que ça existe, des sons humides …?”
Quand Aurélie pose sa main sur le corps du violoncelle elle entend “l’aiguille qui danse et le vent sur la dune du désert”.
Aurélie, vit dans le silence.
” Comme si j’étais aveugle… aveugle d’oreilles”.
Et voilà que la phrase qui dort au fond de ma mémoire se remue, se réveille, me taquine, me toise, me pousse sur le chemin accidenté/périlleux qui mène vers le royaume de la représentation.

“La représentation se distingue de la sensation et de la pensée.
Mais sans représentation il n’y a ni sensation ni pensée.
La représentation serait, toutefois, plus proche de la sensation.
Et, ainsi, susceptible d’être vraie ou fausse.”
Aristote, De L’Âme

 

 

    Deuxième dimanche d’avril 2017 à 16h00 aux Ateliers du Vent !

Les Ateliers du Vent : 59, rue Alexandre Duval, 35 000 Rennes
Bus : #9 Arrêt Voltaire
Vélo Star : Station arrêt Voltaire

Entrée libre pour cette séance !